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LE PEN NE DOIT PAS PASSER

Le Pen Ne Doit Pas Passer

#LePenNeDoitPasPasser

Cher·e·s français·e·s établi·e·s hors de France,

Cher·e·s ami·e·s,

A quelques jours du second tour de l’élection présidentielle, je souhaitais vous adresser quelques mots.

Quelques mots de soutien tout d’abord.

Je sais combien, pour beaucoup d’entre vous, et j’en fais partie, imaginer que notre démocratie pourrait tomber aux mains de l’extrême-droite est un cauchemar.

Notre communauté française à l’étranger est, dans son immense majorité, diverse, ouverte, tolérante, d’une formidable pluralité et d’une incroyable richesse. Elle a largement rejeté les options réactionnaires dimanche dernier.

Beaucoup d’entre vous sont binationaux, ont des enfants binationaux, des conjoints étrangers, des familles de toutes origines ou nationalités, directement et personnellement menacés dans leurs droits par le projet de l’extrême-droite.

Certains d’entre vous, qui vivez dans des régimes autoritaires ou dans des dictatures, dans des régimes qui en sortent depuis peu, dans des régimes qui sont en train d’y sombrer, savent bien mieux que les français.es de métropole ce que signifie l’extrême-droite au pouvoir. Certain·e·s d’entre vous savent de leur vécu ce qu’est un pays qui ségrègue, qui bâillonne la presse, les syndicats, l’indépendance de la justice et emprisonne les opposants politiques.

Aussi, au lendemain du premier tour, je pourrais bien sûr vous parler du mauvais résultat des écologistes, de ce que je crois que nous avons raté dans cette campagne, de la part de responsabilité dont nous ne devons nous défausser. J’y reviendrai.

Mais l’urgence absolue, là, maintenant, tout de suite, l’urgence vitale pour nous toutes et tous, c’est de battre Marine le Pen le 24 avril.

De la battre dimanche mais aussi de faire reculer durablement ses idées dans la société, ses thèses, l’ombre toxique qu’elle fait planer sur notre avenir depuis des décennies. Cette ombre que les gouvernements précédents ont collectivement participé à nourrir, à coups d’humiliation sociale et d’indifférence démocratique, de stratégies électorales pyromanes et d’abandons républicains et dont nous avons pourtant collectivement les moyens de nous défaire.

Je sais que beaucoup hésitent.

Pour beaucoup d’entre nous, nous qui tenons à la justice sociale, à la solidarité, à la redistribution, nous qui voulons mettre la France sur le chemin de l’Accord de Paris, transformer une économie pour qu’elle tienne compte des limites planétaires, nous qui voulons des services publics qui fonctionnent, une démocratie apaisée, voter, encore, pour Emmanuel Macron est une violence.

Beaucoup sont tentés de voter blanc ou de s’abstenir.

« Ni Macron, ni Le Pen » disent-ils. On a déjà donné, on a fait barrage, tant de fois, on a évité le pire, toujours, et jamais, jamais ceux qui ont été élus, grâce à nous, face à l’extrême-droite ne nous ont respectés, n’ont écouté, n’ont changé. Jamais ils n’ont tenu compte du fait qu’ils devaient leur élection au peuple de gauche, aux antifascistes, aux antiracistes, aux féministes, aux écologistes, aux humanistes, aux précaires, jamais. Ils ont gouverné en les méprisant, en rognant leurs droits, leurs conditions de vie et ils comptent encore sur nous pour les sauver.

Nous sommes toutes et tous victimes d’un système électoral totalement toxique. La vérité est que notre démocratie ne devrait pas nous imposer ces choix. Nous devrions vivre dans une démocratie parlementaire où la proportionnelle fait correspondre le vote de conviction et le vote utile, une démocratie où chaque voix compte pour ce qu’elle est et où chacune et chacun n’a d’autre calcul électoral à faire que de voter comme il l’entend.

Malheureusement nous n’y sommes pas (encore). Nous voilà donc contraints de faire ce choix là et pas un autre.

Moi non plus, je ne veux ni Macron ni Le Pen.

Mais dimanche prochain, ce sera l’un ou ce sera l’autre. Le ni-ni n’est pas une option concrète, il est un refuge abstrait, un réconfort théorique.

Le 24 avril, ce sera le pire ou ce sera le moindre mal. L’un, ou l’autre.

Et nous, les démocrates, les humanistes, les progressistes, les écologistes, les solidaires, les féministes, les antiracistes, les internationalistes, nous ne pourrons pas voter par conviction.

Nous n’avons d’ailleurs pas à le faire.

Dimanche prochain, nous allons décider qui sera notre adversaire politique à la Présidence de la République pendant le quinquennat qui vient et dans quelles conditions nous mènerons nos combats politiques. Nous choisissons le domaine de la lutte.

Pour ma part, ce choix ne fait l’ombre d’un doute.

Le rassemblement national a fait un travail minutieux pour « dédiaboliser » Marine le Pen. La majorité présidentielle a mis ses thèmes au centre du débat public, banalisé ses discours, créé les conditions de sa victoire culturelle. Emmanuel Macron a une responsabilité évidente dans cette affaire. Il a créé, peaufiné pendant 5 ans les conditions de ce duel mortifère. Certes.

Mais le programme de l’extrême-droite reste le programme de l’extrême-droite. Remise en cause de l’état de droit, des libertés fondamentales, discriminations, remise en cause totale du droit du sol, politique fiscale inique, légitimation des violences policières, remise en cause des droits des femmes, des personnes LGBTI+, durcissement des peines, manipulation de l’histoire à l’école, attaque des syndicats, des journalistes, la liste est longue, elle est connue.

Je sais que notre capacité d’action, nous le camp de la solidarité, de l’écologie, de l’ouverture au monde, des droits et liberté fondamentales se réduira progressivement à néant si Marine le Pen arrive au pouvoir.

On a pas, jamais, 5 ans d’extrême-droite « pour essayer », « pour qu’enfin tout pète », « pour qu’il y ait la révolution ». Ça n’existe pas. On sait quand on met l’extrême-droite au pouvoir. On ne sait jamais quand elle le rend, ni comment et à quel prix on parvient à le lui arracher. On ne sait jamais la quantité d’attaques, de violences, de souffrances, de démolitions irréversibles qu’elle infligera, combien elle rendra difficile que les démocrates reprennent le pouvoir.

Beaucoup des premières victimes d’une France d’extrême-droite n’ont pas le droit de vote.

Elle s’en remettent entièrement à nous pour éviter l’avènement d’un régime qui les broierait.

Ce sont les réfugiés, les étrangers établi·e·s en France pour toutes les raisons du monde, celles et ceux qui viendraient y rejoindre leur famille, être médecins, infirmières et infirmiers dans nos hôpitaux et y sauver des vies, ce sont mes futurs enfants, leur future mère, ce sont les ukrainiens qu’on bombarde et qui résistent, celles et ceux qui fuient l’horreur quelque part dans le monde.

Je pense d’abord à elles et à eux.

En tant que jeune femme, militante de gauche, écologiste, opposante politique, lesbienne, en couple avec une étrangère, je ne suis pas première sur la liste. Loin de là, mais je ne serais pas trop loin non plus. Et je sais qu’après moi il y en aurait d’autres. Tant d’autres.

Pour toutes ces raisons, le 24 avril, j’utiliserai le seul bulletin permettant d’éviter que l’extrême droite arrive au pouvoir en France, celui d’Emmanuel Macron.

Je ne le fais pas pour lui. Je le fais pour nous.

Ce bulletin n’est pas un quitus pour le quinquennat précédant ni un soutien pour le suivant. C’est l’outil pour nous sauver du péril, pour préserver les conditions politiques minimales nous permettant de bâtir l’avenir.

Car si l’extrême-droite n’arrive pas au pouvoir, nous pouvons construire les bases d’un rapport de force à l’Assemblée nationale, à même de remporter des batailles, de peser sur l’avenir du pays, pour contraindre, par la représentation démocratique, le Président.

La gauche a fait près de 32% au premier tour. L’extrême-droite à peu près pareil. La droite à peu près pareil. Rien n’est acquis pour les législatives. La composition de la future assemblée n’a jamais été aussi si incertaine, son poids si grand. Mais pour avoir une possibilité de mener ces combats démocratiques, il nous faut d’abord préserver la démocratie.

Mon vote est donc inconditionnel. Mais la défaite de Marine le Pen ne l’est pas.

Et je voudrais finir là-dessus.

La défaite de Marine le Pen ne viendra pas seule. Elle dépend de la capacité d’Emmanuel Macron de parler à un électorat méprisé et humilié pendant 5 ans, un électorat qui crève de justice sociale, d’action climatique et de respect démocratique, un électorat qui rejette massivement une réforme des retraites profondément injuste et insultante pour les plus vulnérables, une réforme du RSA d’une violence sociale incroyable, une jeunesse qui tremble pour son avenir, une génération qui veut vivre, tout simplement.

Les femmes, les pauvres, les marginalisés, les chômeurs, les handicapés, les personnes vulnérables, les étudiant, ont souffert, beaucoup souffert ces cinq dernières années. Ils et elles ne viendront pas voter dimanche juste comme ça. Ils et elles ont besoin d’être respectés. Emmanuel Macron ne passera pas simplement en espérant que « les castors » comme Eric Piolle nous appellent, s’activent à la préparation du plus grand barrage de l’histoire.

Il doit cesser les incantations, les formules rhétoriques, les gadgets de style et s’engager. Sur la réforme des retraites, sur les violences sexistes et sexuelles, sur les APL, sur l’assurance chômage, sur le logement, sur les renouvelables, sur le droit à une alimentation saine, sur l’hôpital public, l’école, la justice, la police, sur la transition écologique.

La balle est dans le camp d’Emmanuel Macron. Il a 3 jours.

Mélanie Vogel

Sénatrice EELV – Hors de France